Ce fut une nuit glacée, endormie là, je gisais, immobile. Perdue dans un repos que j'espérai éternel, je baignais dans un calme de mort. Un bruissement d'aile, puis un crissement rompirent ce silence macabre et m'arrachèrent de mon sommeil profond. Yeux exorbités, pupilles rétractées, je cherchai d'une main tremblante l'interrupteur de ma lampe. Soudain une lumière rouge sombre éclaira la pièce...les murs paraissaient se recouvrirent de veines sanglantes, esquissant d'abord un dessin, puis donnant vie à de magnifiques Sphinx à tête de mort. Deux d'entre eux s'envolèrent. Le premier se posa sur ma joue et courut lentement sur mon visage, traînant derrière lui sa cape noir...tout à coup, il se jeta sur mon ½il droit, le déchiqueta et le dévora. Douleur intenable, je ne pus m'empêcher de crier, jusqu'à ce que le deuxième décida de se précipiter au fond de ma gorge et de m'étrangler.
Je ne sais combien de temps plus tard, je me réveillai une seconde fois, mais là c'était d'un sommeil inqualifiable. Allongée sur un lit de satin brodé, je heurtai ma main sur un bois froid. J'étais enfermée. Inconsciemment, je me mis à griffer férocement le bois du cercueil, puis la terre, pour ensuite ressortir une de mes mains de la tombe. Je me hissai hors de ce caveau, me relever me demanda un effort incroyable. Je remarquai alors que une de mes jambes était dans un état de décomposition avancée, et que l'autre était déjà réduit à un assemblage d'os. J'étendis mes bras devant moi, mes deux avant-bras étaient dépourvus de chair. Effrayée je courus vers la rivière qui longeait le cimetière. Examinant mon reflet, je découvris que la moitié de mon visage n'était que crâne. A la place de mon ½il droit surgit le papillon de nuit. Prise d'un malaise, je tombai à la renverse. Une foudroyante douleur me saisit au niveau de ce que j'appelai autrefois mon ventre. Secouée de convulsions, je délaçai ma robe mortuaire et une nuée de papillons de nuits s'échappa de ma cage thoracique à présent mise à nue. Elle alla s'écraser sur le sol, formant une flaque de sang. Je m'en approchai, rampante et agonisante malgré ma mort déjà passée. Apparut alors au milieu du sang un texte écrit en caractère gothique noir : « Esprit blessé d'une peur inexpliquée, puisse ton âme cicatriser, dans ce corps tu resteras enfermée tant que tu ne sauras pas la défier » Comprenant le message, je me relevai. Il me fallait apprendre à aimer ce que j'avais toujours détesté... ma descente aux enfers ne faisait que commencer... car un papillon je devais aimer...